Le petit
écran comme on l’appelait autrefois régnait en bonne place dans l’angle du
salon. Sitôt le repas terminé, nous nous installions, chacun à sa place, pour
regarder nos émissions préférées. C’était l’époque de la chaîne unique et des
dimanches en famille. Malgré mon jeune âge, tous les programmes
m’intéressaient. Je revois Léon Zitrone et ses épaisses lunettes pour les
informations, Catherine Langeais présentant les films fraîchement sortis au
cinéma, Denise Glaser discutant avec ses invités dans Discorama et les interludes avec le petit train rébus dont la
petite musique résonne encore à mes oreilles.
Il nous
était permis de regarder certaines émissions le soir après le dîner. Le cirque
féérique de La piste aux étoiles, les
variétés où chantaient les nouvelles vedettes du moment, je me les rappelle et
surtout la diffusion des 5 colonnes à la
une, remarquable pour ses documentaires et ses sujets d’actualité.
Les
jeudis étaient consacrés, si j’ai bonne mémoire, aux feuilletons destinés aux
enfants de notre âge. Je me souviens d’Ivanhoé,
le héros préféré de mon frère, de Zorro et
son fidèle Bernardo, de Thierry la Fronde
qui fit connaître l’admirable Jean-Claude Drouot.
Je me
souviens aussi de ces films du soir dotés du carré blanc qui nous intriguaient
et suscitaient notre curiosité. Ils nous étaient bien entendu strictement
interdits.
Chez
nous, nous ne parlions pas ; la télévision meublait-elle nos
silences ? J’ai puisé dans ces programmes certaines connaissances et je
regrette la télévision d’autrefois, distrayante et culturelle à la fois.
Nadine
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J'ai découvert la télévision dans un premier temps
en 1960, d'abord chez une tante, la seule de la famille qui en avait fait
l'acquisition. Et donc, chaque dimanche soir avec mes parents, nous partions
après diner chez ma tante pour regarder LE film du dimanche soir, c'était
devenu un rituel. Il m'arrivait parfois d'y rencontrer un cousin, venu lui
aussi saluer notre tante. Avec le recul, j'ai pensé ensuite que c'était
peut-être avant tout pour lui tenir un peu compagnie que mes parents avaient
instauré cette habitude. Mon oncle venait en effet de décéder et ma grand-mère,
qui en vieillissant avait été accueillie chez cette tante qui disposait de la
place nécessaire, avait suivi peu après... Ma tante se retrouvait alors bien
seule d'un coup.
Chez nous, c'est en 1962 qu'elle a
fait son apparition. Je m'en souviens très bien car mon frère effectuait son service militaire et je me
rappelle que ma mère avait voulu lui faire la surprise à l'occasion d'une
permission. Si elle a toujours été très présente et attentionnée pour moi et mes sœurs, quand nous étions
malades ou hospitalisées, et même alors que nous étions mariées, il faut bien
reconnaître qu'elle avait tout de même un petit faible pour mon frère.
Qu'importe, l'important était d'avoir enfin la télévision et j'en étais bien
contente.
Ainsi, le dimanche nous avions
aussi LE film de l'après-midi que je regardais avec mon père, ma mère étant
occupée en cuisine et à d'autres travaux ménagers ; elle semblait aussi moins
captivée par ce nouvel appareil. Je garde en tête quelque titres :
« Thierry la Fronde », le feuilleton quotidien de 19h40 :
« Janique Aimée ». Et pour ce feuilleton que nous suivions avec
beaucoup d'intérêt à l'époque, je me rappelle j'allais chercher chaque jour peu
avant le début une voisine et amie de mon âge, elle n'avait pas encore la
télévision chez elle et venait donc en profiter chez nous, ce feuilleton la
passionnant tout autant que nous. Et ensuite, nous pouvions en discuter entre
nous.
Le soir, mes parents ne se
couchaient pas tard car ils devaient se lever
très tôt pour travailler. J'avais l'autorisation de regarder la
télévision seule pour un moment donné, mais en sourdine, avec le son vraiment
très bas pour ne pas gêner leur sommeil
léger, tellement bas que j'en avais le nez sur l'écran.







