L’enfant tend l’ourson
À la
Grande Ourse sidérée :
« Maman !
Viens me voir ! »
Dans mon
Couserans natal, plus précisément dans la vallée du Garbet, entre Aulus et
Oust, le village d’Ercé est réputé pour son authentique école des ours et son
musée restitue l’histoire des oursalhèrs : les montreurs d’ours.
Près de
deux cents familles élevaient des ours dans cette vallée, cette activité
remontant au moyen-âge. Les oursalhèrs se rendaient dans les tanières des
ursidés pour capturer les oursons âgés de trois mois. Ultérieurement, l’ours se
raréfiant, on les fera venir du Caucase, via Marseille : oursons de trois
mois, élevés au coin de l’âtre, pour leur apprendre à marcher sur les deux
pattes arrière, à mimer un corps à corps ou l’attaque d’un troupeau, au terme d’un
dressage long et ardu.
Ils donnaient
des représentations sur les foires et les marchés, des deux côtés de la
frontière. « Que l’ours danse ! » criait-on pour encourager les
artistes itinérants. L’ours se mettait debout sur ses pattes arrière, dansait
au rythme des tambourins, adoptait des attitudes presque humaines ;
quelques pièces de monnaie récompensaient le duo.
S’ensuivit
l’extraordinaire épopée des paysans saltimbanques de la vallée d’Aulus, de 1850
à 1914, parcourant le monde avec un solide bâton ferré, le maître conduisait un
compagnon dûment enchaîné, cet animal mythique qui a bercé notre enfance mêlant
la peur des bergers et la peluche des jouets.
Ces animaux
parcouraient avec leurs maîtres toute l’Europe, la Grande-Bretagne ; les
aïeux de mes voisins étaient allés en Russie ! d’autres gagnèrent le
Canada, les États-Unis et l’Amérique du Sud.
Ces montreurs
d’ours se produisaient dans les plus grands cirques des États-Unis. Peu à peu,
le flux migratoire s’organisa dans cette vallée perdue, ce fut le cas pour
quatre-vingt pour cent de ma famille, à partir des années 1860.
À Central
Park, on peut voir le « roc d’Ercé », témoignant de leur passage
et lieu de rendez-vous obligé pour leurs descendants ariégeois et tous les
émigrés du Garbet.
Plus tard,
le déclin des grands cirques les conduisit à travailler dans la restauration et
l’hôtellerie. Il se trouve dans le quartier de Manhattan une quinzaine de restos
ariégeois, comme La Pergola des artistes, Le Rivage, Le Tunnel, Les Pyrénées :
certains sont classés parmi les dix meilleurs restaurants du New York. Pour
couronner le tout, un film, La vallée des montreurs d’ours, est sorti le 14 mai
1997 à l’occasion des journées du patrimoine. Dans la chapelle du calvaire d’Ercé,
point de départ de nombreux candidats au voyage transatlantique, ce film de
Francis Fourcou fut projeté.
C’était
dans les années 60-70, et comme beaucoup de jeunes mamans j’étais souvent mêlée
aux préoccupations de mes deux enfants, fille et garçon, que cinq ans
séparaient.
À
l’occasion d’un séjour en Allemagne, ils furent séduits par les grands magasins
de jouets qui devinrent bientôt le but de nos promenades, et le lieu de leurs
envies : maisons de poupées au mobilier miniature, peluches diverses et
variées, adorables vaisselles en porcelaine pour la dinette, instruments de
musique, métiers à tisser, patins à roulettes, marionnettes et castelets où
nous nous essayons tous, petits et grands… Le rayon des ours était
particulièrement bien fourni ; certains grands et débonnaires encore
garnis de son crissant sous les petits doigts impatients, penchaient leur tête
vers les enfants tout en leur tendant les bras… les miens furent donc séduits
par ces bons gros nounours d’outre-Rhin ! « Teddy Bär », ce fut
son nom, entra chez nous avec la varicelle qui tenait ma fille recluse à la
maison. C’était l’occasion rêvée d’offrir à la malade l’ours tant désiré. Le
soir convenu, alors que je me pressais sur le chemin du retour







