samedi 9 avril 2016

D'UN LIEU A L'AUTRE

Ecrire avec des impératifs de lieux. Votre histoire doit commencer dans un lieu déterminé et se finir dans un autre. Entre les deux... libre à vous!
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Une cave… la plage
Par Emmanuel

Naguère, une gigantesque cave –dénommée halle aux vins – desservant la région parisienne, s’étendait le long de la rive gauche la Seine, à l’endroit où se dressent aujourd’hui l’université de Jussieu et l’Institut du Monde Arabe.
Débarquaient à cette halle-aux-vins, des gabarres ou péniches provenant de l’amont, à partir de vignobles qui tapissaient les coteaux en bordure de la Seine et de la Marne. Ce transport bénéficiait donc d’une commodité : descendre le courant à pleine charge et ne le remonter qu’à vide, facilitant le halage.
Ce mode fluvial de transport bénéficiait ipso facto d’une faveur naturelle appréciable, par ces temps où le charroi était une activité non seulement pénible mais aussi grevée par les péages d’un système féodal rapace et soumise à l’insécurité par le banditisme dit « de grand chemin ».
L’intense et lucrative activité viticole ci-dessus recevra le coup fatal avec l’arrivée du chemin de fer qui mettra la grosse viticulture méridionale et algérienne à portée des gosiers parisiens, par rames de wagons-citernes se chargeant à la halle aux vins via les nouvelles gares de Lyon et d’Austerlitz.

Ces considérations tournent et retournent dans mon esprit lorsque, sur la rive de la Seine opposée à celle de la halle aux vins, je me prélasse à Paris-plage.
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Une laverie… une cour de récréation
Par Josiane

Sur la place d’une petite commune de banlieue : une laverie. On y lave le linge au kilo et y vend divers articles.
Je me demande si ça pèse lourd le linge sale ; et combien ça coûte de le rendre propre.
J’ai le nez collé sur la vitrine et à la hauteur de mes yeux, des têtes coiffées me regardent. Dehors, il fait froid. Les chapeaux proposés dans la boutique ne sont pas si mal. Je me décide à entrer et à en choisir un, que je mets de suite.
Alors, là ! C’est la reine d’Angleterre au Chaperon Vert. Comme je porte des lunettes et que la toque a un rebord, on ne risque pas de me reconnaître. Tant mieux, car avec un chapeau qui ressemble à une bassine retournée, ça me ridiculise un peu. Tant pis, j’ai chaud et la couleur me plaît.
Maintenant, à l’extérieur, il y a des bourrasques de vent, ça craint !
Une rafale emporte mon couvre-chef. Affolée, je cours après. Il est tombé dans une flaque d’eau sur la route. Quand je veux le ramasser, une voiture arrive et le vent menace de le projeter plus loin.
Des gamins sont dans la cour de récréation et ont vu la scène. Ils s’esclaffent : c’est drôle, un chapeau qui ne veut pas rester sur la tête de sa propriétaire.
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Une cabane à outils… un dortoir
Par Colette

Je revois la cabane aux outils comme nous l’appelions enfants, que de trésors à l’intérieur : marteaux, scies, rabots, pinces et tournevis, sans oublier les clous et vis de diverses tailles. Elle était là-bas, au fond d’une cour appartenant à cette ferme où je passais mes vacances d’été étant enfant. Cette cabane où nous avons passé tant d’heures à jouer, mon cousin et moi. Là, dans cet endroit, suivant les jours, nous nous prenions pour le forgeron et le charpentier du village. Nous bâtissions des cabanes dans les arbres. Aïe !! Je me tapais les doigts en voulant planter un clou. Notre cabane ne fut jamais finie… Elle est restée à l’état de planches placées de guingois dans un vieux pommier tout rabougri.
Un jour, je suis retournée là-bas en compagnie de mon mari et de notre fils. Je voulais les présenter à mon cousin ; lui aussi était marié et père d’une jolie petite fille. Durant notre discussion, il me révéla qu’il projetait de reprendre la construction de notre cabane : « Ce sera nos enfants qui joueront dedans ».
La cabane à outils, elle, avait disparu, rasée, balayée un jour de grand vent.. ce jour-là, elle ne fut pas la seule victime de la tempête. Quelques pommiers furent arrachés mais le nôtre, tout tordu et rabougri, avait résisté.
L’idée de poursuivre la construction de la cabane réjouit mon fils qui sauta de joie. Accéder à une cabane dans les arbres était un rêve pour lui… et vivre les aventures de ses héros, « c’est le pied », comme il disait. En attendant, il passait ses vacances en colonie. Je lui disais de ne pas trop parler de cette cabane mais je suis sûre que dans les dortoirs où il faisait de mémorables batailles de polochons avec ses amis, je suis sûre qu’il ne manquait pas de raconter cette histoire.
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Un verger… le commissariat
Par Marie-Thérèse

En ce matin de juin, sous le chaud soleil de l’été, Julie va avec ses jumeaux espiègles Clément et Clémentine, rendre visite à Madame Mazeau qui possède une très belle maison bourgeoise. Autrefois au centre d’un magnifique jardin, mais l’urbanisme aidant, la maison doit maintenant se contenter d’un petit jardin couvert de végétation  devant son perron et d’une étroite allée de chaque côté. Par contre, à l’arrière, délimité par des murs mitoyens, s’étire un long jardin rectangulaire plein de fleurs et un petit bassin où nagent les poissons rouges ou gris.
Mais dès leur arrivée, les enfants ont tôt fait de dénicher dans le mur, la petite porte qui conduit au verger. En un rien de temps, déjouant la surveillance de leur mère, ils s’y glissent. Ils y  découvrent d’un côté la treille chargée de pampres aux larges feuilles  cachant les grappes. Clément et Clémentine, curieux, les écartent avec soin  et voient avec gourmandise, les raisins déjà gonflés bien qu’encore verts. Qu’importe, quelques grains volés et goûtés. Pouah ! Ils sont bien trop acides ! Un coup d’œil de l’autre côté : les pommiers s’étalent en espalier contre le mur ensoleillé, offrant leurs pommes à peine rouges. Cueillir un fruit et le croquer Bien vite, ils le recrachent. Pas de chance, lui non plus, n’est pas assez mûr ! Mais là, devant eux, pousse un magnifique cerisier. Les branches sont bien hautes mais les « cœurs de pigeon », rouge carmin sont si tentants ! Ils sont énormes et de surcroit, une échelle est couchée au pied de l’arbre. Vite Clément et Clémentine la dresse et l’appuie sur une grosse branche. Clément grimpe rapidement, cueille et fourre les fruits dans sa bouche, puis cueille à nouveau. Clémentine réclame doucement. Elle voudrait bien avoir sa part sans attirer l’attention de leur mère. Pourtant, elle n’ose secouer l’échelle et son frère est bien long à comprendre. Enfin, c’est son tour ! Elle monte lestement et saisit les fruits mûrs à point. Le jus lui coule le long du menton mais elle n’en a cure. Quel régal !
Soudain, un bruit ! Est-ce maman ? Clémentine redescend rapidement et les enfants courent se cacher au fond du verger. Là s’étend une plate-bande de fraisiers mais de fraises,  point ! Elles ont toutes été ramassées. Mais qu’est-ce cela ? Un paquet insolite git sur le sol. Un sac à main à demi-ouvert s’est écrasé sur les feuilles en tombant. Le reflet du soleil sur le fermoir métallique a attiré le regard de Clémentine qui laisse échapper un : «- Regarde, un sac ! »
Clément l’a déjà saisi. Clémentine ramasse les papiers égarés. Son frère se précipite vers leur mère. «- Maman, maman, regarde on a trouvé un sac ».
 Julie est surprise : 
« - Mais où l’avez- vous pris? Il est sans doute à Mme Mazeau. Où l’avez-vous trouvé? » 
Pris en faute, les enfants baissent la tête et murmure : « - au verger ».
Au même moment, Mme Mazeau apporte le plateau de rafraichissements près du bassin.
 Julie le lui tend «- Les jumeaux ont ramassé ce sac, il vous appartient sans doute, le voici. 
- Ce sac est vraiment magnifique, son cuir est si fin et sa couleur chaude m’aurait bien plu. Mais  non, il n’est pas à moi. Les enfants, où l’avez-vous trouvé ?
- Dans le verger, sur la plate-bande des fraisiers ! Il était ouvert et des papiers étaient tombés à côté. 
- Et bien, il  ne nous reste plus qu’à aller le porter au commissariat. Un voleur dépité l’aura jeté par-dessus le mur pour s’en débarrasser !
- Je crois alors que nous allons rentrer !
- Mais non, Julie, le commissaire aura besoin du témoignage des enfants et de leurs explications. »
Heureusement, le commissariat n’est pas loin et il n’y a pas foule. Ils  n’auront pas trop de temps à attendre. Le policier à l’accueil, reçoit leur demande et les invite à s’asseoir tandis qu’il transmet. Bientôt un collègue vient les chercher pour enregistrer leur déposition tout en les remerciant de leur honnêteté. Le sac est abandonné entre les mains du policier et tous quatre quittent le commissariat.
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Un aéroport… chez le coiffeur
Par Mireille
                                                                                                               
Olivier venait d’atterrir par avion à l’aéroport d’Orly, après un séjour  de quatre mois à Oslo pour effectuer un reportage sur les mœurs et loisirs de ce pays.
Il avait sympathisé avec Nora, une consœur qui  travaillait sur les journaux de mode très féminine. Elle donnait des conseils à la gente du beau sexe sur les coiffures actuelles, les soins nouveaux pour le corps, le visage, les différentes façons de se maquiller selon les heures, les circonstances et les lieux.
Ils avaient passé beaucoup de temps ensemble. Etant descendus au même hôtel, ils prenaient leur diner le soir ensemble. Ils étaient devenus très proches se faisant des confidences. Un lien fort les unissait, c’était comme s’ils se connaissaient depuis toujours.
Ils allèrent boire un dernier verre en tête à tête avant de se séparer. La tristesse se lisait sur leurs visages. Nora rentrait à Perpignan retrouver son mari. Olivier rentrait au pays des corons, retrouver ses parents et sa fiancée Stéphanie avec laquelle il devait se marier à la fin de l’année car elle portait leur premier enfant, une petite Olivia qui allait les combler de joie. Le temps passait. Olivier pensait la retenir. Ils s’embrassèrent tendrement, les larmes aux yeux, échangèrent adresse et téléphone puis chacun partit de son côté.
Arrivé dans sa petite ville du Nord où il était né, ce fut rempli de joie qu’il poussa la porte du salon de coiffure où Stéphanie, sa promise, exerçait son métier. Elle était belle, toute blonde, le teint pâle et de grands yeux bleus étonnés. Elle se jeta dans ses bras. Elle avait tant d’amour dans les yeux qu’il ne regretta jamais sa fidélité.
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Le théâtre… un placard à balais
Par Marie-Christine

Au siècle dernier, à Marseille, Raimu entra, en 1908, au théâtre de l’Alhambra comme souffleur, puis il joua sur la scène de l’Alcazar, cours Belsunce, dans cette même métropole régionale, haute en couleurs…
Raimu brillait tout particulièrement dans le rôle de César, présent dans la trilogie marseillaise de Marius, Fanny, César.
… Un jour l’acteur, avec tout son talent, sa puissance évocatrice inénarrable, détaillait la scène où M. Brun, le Lyonnais, achète à M. Panisse, le Pitalugue, un bateau qui « boira de l’eau », en chavirant dans le Vieux Port.
La salle était au comble de l’hilarité en entendant les propos soulignés, gestes à l’appui, de « bougre d’emplâtre, jobastre, ô bagasse, tron de l’air, fariboles »… quant : « ô cocagne », deux rats traversèrent la scène, nullement effarouchés ; ils étaient familiers des lieux,  cherchant leur nourriture terrestre et peut-être intellectuelle. L’un d’eux fila entre les jambes de Raimu, qui, ne perdant pas la face, professionnalisme oblige, enchaîna avec brio : « ô coquin de sort, ô mange punaises », puis voyant que les rongeurs se prenant au jeu ne détalaient pas, Raimu, regardant pa  thétiquement la salle, usant de tous les tons de son répertoire, demanda :
« s’il y a un chat ? s’il y a un chat ? »
La salle explosa de rire.
Personne ne répondit. Aucun chat, aucun Raminagrobis, ne se présenta pour exterminer ces rats devenus acteurs, spectateurs et consommateurs potentiels.
Pour enchaîner, M. Panisse, le propriétaire du Pitalugue, le sous-marin, eut spontanément l’idée de prendre dans le placard à balais des coulisses deux balais, le plus naturellement du monde.
Raimu, voyant ces deux accessoires, métamorphosés simultanément en armes destructrices de la gent Trotte-Menu, et en rames pour sauver le Pitalugue, fit une brillante improvisation : « S’il est vrai, ô coquin de sort, que les rats quittent le navire qui a chaviré dans le Vieux Port, au bord duquel M. Brun est « noyé-mort ou mort-mouillé », il faut ramer ! »
M. Panisse rama sur scène, à en perdre le souffle, avec les deux balais, tant et si bien que Raimu déclara, en parlant de M. Brun : « Il a encore quelque chose qui bat, mais on ne sait pas si c’est son cœur, ou si c’est sa montre ! »
Et Raimu/César de tonitruer, impérialement « Et vogue la galère, les rats peuvent réembarquer ! »
... Rideau
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Le métro… la piscine
Par Claudine

La porte d’Italie : un métro qui n’en finit plus d’arriver, des sous-sols sordides, des brillances  lustrées d’un revêtement noir se reflétant dans le carrelage blanc cassé et des escaliers roulants qui vibrent sous les boots. Puis, en avant vers la place d’Italie avec encore des escaliers qui vous mènent à l’air libre et nous offrent, nez au vent, un bon échantillon de joyeux relents citadins de gaz d’échappement et de parfums bon marché. A contre vent avec la veste qui claque d’exaspération entre les feux rouges et les bandes blanches des passages piétons, la vie va à la vitesse de nos pas entre les klaxons. Les oreilles blasées, oreillettes et écouteurs bien enfoncés dans les conduits, c’est supportable et « I can get no satisfaction » résonne encore dans mes tympans quand je franchis le porche de la piscine de la Butte aux Cailles : et je cherche encore du regard ces dernières aujourd’hui.
Mais à bien y regarder, il y aurait de nombreux pigeons venus se poser aux abords du jardin public où nombre de riverains et de banlieusards, qui appartiendront bientôt au grand Paris, viennent se ravitailler, à grand renfort de bidons, en eau potable d’une grande pureté pour alimenter et rafraichir le moteur de leurs voitures. On sent que la gratuité attire toujours plus de monde au balcon. Sera-t-elle toujours au rendez-vous dans dix ans, voire un siècle ? Seuls les Parisiens pourront le dire à notre descendance.
La Butte aux Cailles : une belle piscine qui s’est offert une beauté il y a bien longtemps maintenant et est classée au patrimoine public. Elle comportait un grand bassin comme il convient et un petit pour les bébés nageurs et leur maman- mamie. Que de souvenirs avec mon tout-petit qui pour la première fois sentait cette eau fraîche javellisée caresser ses petits petons. Un choc aussi. Maintenant du haut de son mètre quatre-vingt, l’eau est son élément et il ne peut sortir du bain ou de la douche que quand l’eau du chauffe-eau, devenue glacée à force de couler, annonce K.O. technique pour les suivants et suivantes.
Peut-être en payant les factures, apprendra-t-il que l’eau est précieuse et assez chère surtout chez Opaly. Alors les cordons de la bourse seront moins déliés et l’eau ne coulera plus à flots sauf sous les ponts de Paris.





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