samedi 18 mars 2017

PROMENADE

Promenade au fil des jours. Retrouvailles d’un jour. Nuit câline où tout nous réunit. Une longue balade sur la plage, pieds nus et nez au vent. Nos vêtements claquant sous les embruns. L’action dynamisante et granuleuse des grains de sable blonds ruisselant sur le velouté de nos joues rosissant nous offre une thalassothérapie. Quand les souvenirs comme des bulles de savon émulsionnées viennent mourir doucement au creux des vagues et des marées. Quand s’enfoncent nos pieds dans le tapis mouvant d’une plage balayée par l’écume des jours. Quand le chant en continu de la houle berce nos tympans. Quand nos corps rompus de fatigue croulent sur quelques monticules  apparents. Quand nos regards se croisent et d’un commun accord nous choisissons de rester blottis l’un contre l’autre, la tête reposant sur l’épaule bienveillante. Quand le chuintement de l’eau salée s’écoulant le long de la roche couvre nos chuchotements. Quand les derniers reflets marbrés s’estompent sur le revêtement minéral  et dans la nacre des coquillages éparpillés. Quand la plage se vide des rares promeneurs, amoureux de la grande bleue. Quand les derniers chars à voile retournent au parc et que le soleil descend à l’horizon. Quand les derniers reflets de l’astre s’agrippent derrière la robe irisée d’une mer d’huile troquant son rougeoiement pour un gris argenté…Quand d’un petit mouvement lointain de vagues soulevées par une brise légère, elle nous indique qu’il est temps de rentrer… Alors au diapason des battements de nos cœurs, la flanelle de nos pantalons relevée au dessus de nos genoux pèse un peu plus sur nos membres rompus de bonheur.. . La  Nuit d’encre constellée d’étoiles qui brillent dans les yeux et nos mains unies nous réunissent. Un dernier regard vers le passé et le temps de nous dire bonsoir en un souffle, en une prière de nous retrouver bientôt, nous lie.  Le charme d’une promenade au clair de lune censée durer  jusqu’à l’aube emplit nos souvenirs et crée de nouveau l’envie.

Claudine
................................................................................................
C’était l’heure de la promenade et nous l’attendions avec impatience. Internes et jeunes ados, nous ne sortions que le jeudi après-midi, en rangs serrés par quatre, sous la houlette de deux surveillantes. Nous quittions l’établissement non sans qu’elles aient contrôlées la bonne tenue de nos uniformes. Nous représentions l’institution à l’extérieur. Pas question d’être débraillées ou seulement mal fagotées. Et nous étions priées de nous tenir bien droites en marchant, pas de fantaisie ! Nous démarrions en silence jusqu’à la sortie de la ville mais avant de l’atteindre, il y avait pour nos deux cerbères, un carrefour crucial. Car à cette même heure, mais en sens inverse, le collège de garçons sortait également en promenade, en rangs serrés et en bel uniforme.
Et de les croiser simplement faisait le bonheur des filles et des garçons mais pas celui de  ceux chargés de nous surveiller. Il  nous était bien recommandé de détourner la tête et si nous, filles, par le plus pur des hasards, nous devions nous trouver face-à-face  à un de ces adolescents au visage parfois imberbe mais plus souvent nanti de quelque duvet, nous devions ne pas regarder au-dessus du nœud de cravate Et de voir le regard inquisiteur de nos braves surveillantes pour débusquer la contrevenante nous faisait rire sous cape. Pourtant gare à celle qui enfreindrait l’ordre donné. C’était sans conteste, une privation de sorties d’au moins quinze jours voire plus selon la gravité estimée de la faute. C’était là des mœurs d’un autre temps où la mixité n’existait pas encore dans les écoles et où la rigueur  ne faisait pas souvent place au sourire.
Le passage dangereux dépassé, nous avions droit de relâcher légèrement notre maintien, tout en gardant le silence. La côte était raide pour atteindre ce que nous appelions la prairie mais qui  n’était qu’une surface rocailleuse, à flanc de coteau,  couverte de maigres herbes, vaste terrain mal délimité par quelques arbustes de ci-de là. C’était là le but de la promenade, là où, enfin, délivrées de la règle, nous nous échappions tels des cabris en folie pour jouer à des jeux de cache-cache ou de course éperdue,  le plus loin possible de l’œil toujours présent mais peut-être plus indulgent. C’était  nos deux heures de liberté…surveillée. Et bonheur suprême, nous pouvions crier ou chanter à gorge déployée. Nous en profitions à l’excès sachant que l’heure du retour sonnant,  il nous faudrait attendre huit longs jours pour goûter à cette détente jubilatoire. Sans trop en avoir conscience, nous respirions à pleins poumons, cet air de la montagne qui nous fortifiait et nous réjouissait tout à la fois.
Parfois, malgré l’interdiction, quelqu’une plus intrépide, sortait de l’espace désigné, grimpait un peu plus haut sur le rocher et admirait un paysage de toute beauté, plongeant sur la vallée. Au loin, quelques petits nuages blancs traversaient le ciel bleu ou gris. Les coiffant d’un bonnet neigeux, ils s’arrêtaient sur les crêtes des montagnes avoisinantes, aux formes trapézoïdales parfois creusées de cratères. Les gris et blancs de leur partie supérieure, toujours pelée, contrastaient avec le vert foncé des résineux couvrant leurs pentes abruptes taillées en falaises étagées. Un ravin profond où se nichait la rivière, invisible en ces lieux, les séparait du  plateau plus proche. Là s’étalaient les vert amande ou pistache des pâtures, les véronèse ou malachite des boqueteaux  disséminés ici ou là. Dans ce paysage bucolique, éparpillées, les façades crème, et les toits rouges des petites maisons faisaient tache. Plus près encore, la ville dominée par les deux clochers pointus de son église semblait dormir du sommeil du juste, en toute quiétude. Les cris lointains des autres collégiennes s’estompaient. Il était temps de revenir parmi elles  pour ne pas se faire remarquer.
Bientôt, un coup de sifflet énergique sonnait le rassemblement. Comme des volées de moineaux, toutes accouraient de toute part. Il ne s’agissait pas de trainer un moment encore car les retardataires étaient sévèrement semoncées.
Nous réajustions nos tenues un peu malmenées et reformions nos rangs. Au signal, nous reprenions, en silence, le chemin du retour, nos cerveaux bouillonnant de ces moments de plaisir. La promenade était terminée. Il nous fallait rentrer. Le pas accéléré de la descente calmait nos ardeurs et nous permettait de retrouver notre apparente sérénité. Seul, le chassé-croisé avec les collégiens de retour à la même heure, nous arrachait un sourire discret avant de réintégrer l’ambiance sévère de notre institution. 

Marie-Thérèse 
..............................................................

(Chemin de pluie)

Une goutte de pluie
Égarée, pleure ses sœurs
Au cœur de la rose


Marie-Christine
..................................................................
En cette fin septembre, la chance me sourit, le temps est annoncé beau et je vais faire ma première randonnée. J'ai suivi une connaissance, sans savoir si j'étais capable de tenir les dix kilomètres annoncés. Elle me rassure, me dit que si, je pourrai, mais qu'en sait-elle ? En tout cas je suis prête, mon sac à dos aussi.
Le car est là pour nous conduire dans une petite ville de Seine-et-Marne où la randonnée commencera, pour se terminer dans le Loiret. Il est encore bien tôt, l'air est bien frais mais je suis chaudement vêtue. Je porte mon jean, mes baskets et comme on me l'a conseillé, j'ai mis plusieurs vêtements : un débardeur très léger, un sweat-shirt, un gilet très chaud, et enfin mon coupe-vent. Ainsi, au fil de la journée quand il fera plus chaud,  je pourrai me dévêtir, un peu comme on enlève les pelures sur un oignon. Mais pour le moment je supporte bien le tout, on sent bien que ce n'est plus vraiment l'été.
On arrive à destination et notre groupe se met en marche, sans se presser exagérément, le rythme me convient. Nous avançons, le temps commence à se réchauffer un peu et nous aussi avec l'exercice. Au bout d'un moment, une halte est décidée et certains, qui doivent être de grands habitués, ont apporté une thermos de café, ils en proposent à tous, avec un petit carré de chocolat, c'est bien sympathique. J'en profite pour enlever le coupe-vent et nous reprenons notre  marche dans la nature où l'air est pur, où tout est calme, je trouve cette activité bien agréable. Et c'est ainsi que nous traversons rapidement plusieurs départements qui se touchent, la Seine-et-Marne, l'Essonne, retour en Seine-et-Marne et enfin le Loiret, ce qui n'est pas sans m'étonner, j'ai l'impression de faire un tour de France.
A l'heure du repas,  les responsables commencent à chercher un endroit propice au pique-nique. Ils trouvent un endroit bien dégagé qu'on dirait  fait pour nous, il y a même une poubelle pour jeter nos papiers et autres déchets, que demander de plus. Certains s'installent autour d'un arbre, je choisis de m'asseoir sur un pont de bois qui enjambe l'Essonne. Ainsi je mange mon sandwich, tout en regardant l'eau couler sous mes jambes qui pendent dans le vide. Là encore pas de hâte, chacun a largement le temps de se restaurer. J'offre du pain d'épice aux fruits rouges aux personnes à côté de moi, ce sera le dessert avant de repartir et j'en ai déjà profité pour tomber le gilet devenu trop chaud car le soleil est maintenant de la partie.
Quand on approche du but, je commence tout de même à fatiguer, j'ai chaud à présent. J'ai bien assuré finalement mais je ne repartirais pas tout de suite, je serai contente  de m'asseoir dans le car qui va nous ramener. Mais que ce car me semble loin en gravissant la côte menant au parking ! Un des responsables nous informe que d''après son podomètre, nous avons parcouru 14,6 kilomètres ! Sur le parcours, en nous faisant éviter  à plusieurs reprises des tronçons de route pour privilégier les chemins en forêt, il a donc rallongé l'itinéraire prévu. Qu'importe, je suis contente de ma journée et l'oignon est bien épluché quand je rentre chez moi, je n'ai plus que mon petit débardeur sur le dos.

Paulette
..........................................................
Allons-nous promener Marion jolie, main dans la main, dans les allées printanières de ce bois isolé. Promenons-nous pendant que le loup n’y est pas, car s’il y était, il nous mangerait. Te souviens-tu de cette chanson que nous chantaient les grands ? On criait, on pleurait, on riait quand le loup arrivait pour nous manger.
Nous la chantons encore aujourd’hui aux petits pour qu’ils se dépêchent d’enfiler leurs vêtements de nuit, pour retrouver leur lit.
Si le loup n’est pas là, peut-être le Satyre s’y promène en jouant de la flûte, rythmée au son de ses sabots et du battement de sa queue fourchue. Avec sa tête cornue, il est à la recherche de la jolie fillette, innocente et crédule, qui viendra assouvir ses désirs.
Le jeune homme serre plus fort la main de sa jeune compagne qui rit de ces comparaisons avec le Satyre et le loup. Si le cas se présentait, faudrait-il se laisser dévorer par le loup ou subir les outrages du Satyre ? Mais elle sait qu’elle ne risque rien, en se promenant avec son ami d’enfance.
Quelle agréable promenade ! Le printemps s’éveille, les oiseaux voltigent en chantant, l’herbe est verte, quelques fleurs sont déjà écloses. Ils ont beaucoup marché sans se presser. La vie est belle, le monde est beau.
Mais si le Satyre et le loup ne faisait qu’un ? Afin de préserver l’honneur des jeunes femmes. Fatigués, ils s’assoient sur l’herbe tendre. Son ami en se penchant vers elle pour l’embrasser, lui murmure et si j’étais le satyre de ce bois, que dirais-tu ? Je ne te croirais pas mais en serais fort émue.
Une belle histoire d’amour était née au cours d’une belle promenade dans un charmant petit bois fleuri où régnait l’ombre d’un loup et d’un satyre.
Marion, plus tard, mariée, maman d’enfants à qui elle chantait « Loup y es-tu ? », en entendant leurs rires joyeux, elle se souvient d’une longue promenade qui se renouvela mais ne dura pas plus d’une saison.

Mireille
...........................................................
Je me rappelle d’une très longue promenade faite avec mes parents. Nous étions en vacances dans le massif central et pour une fois papa était avec nous car d’habitude il nous emmenait, retournait ensuite travailler et revenait nous chercher ; En plus cette fois-ci nous étions à l’hôtel avec piscine. Il ne fût pas simple de nous décider ma sœur préférant rester à la piscine. En fin nous partîmes, comme d’habitude mon frère qui n’avait que 5 ans trouva vite sa place sur les épaules de papa, ma sœur s’accrocha au bras de maman et moi, pour être sure de ne pas être perdue je tenais serré entre mes doigts le bas du short de papa et j’avançais pas après pas. Papa avait toujours le mot miraculeux pour nous faire marcher. « Un peu plus loin, il y a des crêpes et je vous en achèterai une » L’idée de la crêpe avait un effet miraculeux sur notre courage ; Mais cette fois le sens de l’orientation de papa faillit et pas de marchand de crêpes à l’horizon. Des kilomètres de chemins arides car il faisait très beau, pas une maison aux alentours, nous étions au fin fond du monde. Les gourdes se vidaient et nos pas se faisaient lourds et ralentis. Je n’ai aucun souvenir de la beauté  du paysage tant j’étais fatiguée. La nuit commençait à tomber et toujours la campagne. Enfin nous arrivâmes dans une bourgade ou il y avait une sorte de restaurant. Papa expliqua notre problème et demanda si on pouvait nous servir quelque chose à manger mais le restaurateur n’était pas courtois, il accepta cependant de nous servir une soupe. Le reste est bien flou, il y avait un tortillard qui desservait le bourg et allait nous ramener à bon port, il paraît que nous nous sommes écroulés sur les fauteuils et endormis à toute vitesse. Quand par la suite papa nous proposait une promenade nous disions oui mais pas comme la dernière fois !

Fabienne
.............................................................
Dans les tréfonds de ma mémoire
Je plonge et je vais dans le noir
Ma promenade dans mes souvenirs
Entrelacés de pleurs et de sourires
Tiens… voilà ma petite chienne
Espiègle, adorable et son image
Se superpose aux autres espiègles
Qu’étaient mes autres chiennes…

Le visage de mon père décédé
Le chagrin qui inonde
Le timbre de sa voix qui s’efface
La mémoire se joue de moi
Ses expressions si efficaces
Rangées dans un tiroir
Mais son regard dans le miroir
Dans les yeux de mon fils
Je le vois… je l’aperçois !

Me voilà arrivée et tournois comme un aigle
Sur les années d’école de mes enfants sages
Les couettes si bien placées
Les rires et les baisers donnés
Les câlins et le parfum de leur peau
Les comptines et les mots
Les voix cristallines
Les larmes essuyées
Les chagrins d’enfant envolés
Et ces bébés nouveau-nés
Le bonheur et la joie partagée…

Plus loin… me voilà jeune mariée
Dans la robe immaculée
Du bonheur en cette journée
Le ciel de juin un peu gris
La voiture et l’église si bien fleuries
La famille et les amis réunis
Les personnes qui depuis
Ont disparu et enfui
Mais pas dans l’oubli
Un bébé baptisé
De mon cœur beaucoup de fierté
Et une explosion de joie
D’être maman et mariée à la fois…

Ah… mais voilà que ma promenade
M’emmène plus loin
Et j’arrive devant l’adolescente
Timide, réservée et complexée
Qui ne savait pas comment communiquer
Elle aimait l’école, la lecture et la télé
Solitaire et renfermée
Se posait beaucoup trop de questions
At avait pris sous son aile
Son petit frère qu’elle aimait
Et comme une mère
Lui donnait son amour
Pendant que son autre frère
Dans un hôpital se battait
Leur mère à ses côtés
Pour retrouver la santé
Et de l’enfance, je suis passée
À l’adulte et ses responsabilités.
Pas de regrets… ni de chagrins
La vie m’a forgée sans haine…

La balade se poursuit
Et je revois la petite fille
Blonde comme les blés dorés
Rêveuse et pleine d’espoir
Ayant peur le soir
Jouant à la poupée et aux billes
Période de l’insouciance
Et de l’innocence…
Et je me rappelle que toute petite
Mes rêves improbables
Mais d’enfant plus tard
Je voulais faire mon métier…

Les parfums, les bruits…
Les plats cuisinés
Le poulet frites du dimanche
Les beaux habits pour la messe
Les Noëls en famille
Ma mère qui nous emmenait
À Paris, musées et découvertes
Les balades en forêt
Les bouquets cueillis
Les fêtes des mères et des pères
Les vacances à la ferme
La famille réunie
Les colonies de vacances
Les jeux… Les rires… Les bagarres…

Une balade dans les tréfonds de ma mémoire
Des souvenirs remontés en surface
Des joies et des bonheurs
Des peines et beaucoup de douleurs
Que cette balade est nostalgique
Mais pas de retour possible
Mes pas sont inscrits
Dans mon cœur et mon âme
Le chemin n’est pas toujours facile
Et le choix de direction
Dans les brumes du futur
Aller à droite ? Aller à gauche ?
Qui sait ? La balade n’est pas prête de s’arrêter
Alors… je continue mon chemin sans m’arrêter…
Valérie
....................................................
Une promenade à l'eau de rose :
Dans les temps anciens, l'averse, grisée par le vent d'autan effeuille la roseraie. Des gouttes de pluie précipitent leur promenade, trempent les roses, transies jusqu'au cœur.
Leur vêture fripée exhale leur dernier souffle parfumé.
Suite à ces événements, le maître des lieux, vint se promener après l'ondée et mit au point la formule de l'eau de rose.

Marie-Christine

Aucun commentaire: