Par cette journée
caniculaire, assis sous les marronniers, les conversations allaient bon train
dans ce petit groupe d’amis d’enfance. Le projet de pique-nique les avait réunis après tant
d’années de séparation. Ils étaient heureux de se revoir, se racontant l’un,
l’autre. Certains, encore assis,
finissaient de manger tandis que
d’autres s’étaient nonchalamment étendus sur l’herbe, écoutant Philippe,
spéléologue chevronné, racontant sa dernière expédition à la Grotte du Diable,
aux Philippines.
Chloé était venue avec
Frédéric, son compagnon. Elle ne les connaissait pas mais il lui en avait
souvent parlé. Tous pratiquaient un sport. Dominique et sa compagne, Marine, s’entrainaient
à l’escalade dans le Vercors et Thierry
tout comme Bernadette s’adonnait au deltaplane... Eux n’étaient pas en reste, occupant
leurs loisirs, à la natation ou au canoé-kayak. Aussi, quand entre rires et blagues, Marine proposa de se
retrouver un mois plus tard pour survoler ensemble les châteaux de la Loire en
montgolfière, tous acquiescèrent avec enthousiasme. Chloé se garda bien de
répondre. Pourquoi Philippe s’en rendit-il compte ? Aussitôt, il lui lança :
« -Tu seras des nôtres, bien
sûr ! ».
Elle regarda Frédéric et n’osa pas avouer qu’elle
avait une phobie du vide. Déjà, regarder le paysage en haut d’une tour la
mettait très mal à l’aise et elle ne s’approchait guère du bord. Elle ne
participait pas non plus à certaines randonnées en montagne où il fallait marcher
sur des sentiers étroits souvent le long d’une crevasse. Une première
expérience l’avait rendue malade aussi toute envolée dans les airs ne la
tentait guère.
Les jours suivants, elle
essaya d’expliquer à Frédéric qu’elle ne pourrait faire cette excursion avec
eux. Mais il la rassura et finit par la convaincre que, tous ensemble, dans la nacelle, elle ne risquait rien et
qu’il lui suffirait de regarder au loin. Elle finit par penser que sa peur
était stupide.
Le grand jour arriva
enfin. Chloé embarqua dans la nacelle,
et dès le décollage, sentit l’angoisse monter en elle. Elle se colla contre
Frédéric et très vite, ferma les yeux. Mais rien n’y fit. Le mouvement du
ballon, poussé par le vent, lui donna le
vertige et bientôt la nausée puis elle devint toute pâle. Très vite,
l’aérostier se rendit compte de son mal-être et la fit s’asseoir sur le
plancher. Coincée entre les jambes des participants, elle se sentait ridicule
mais elle était soulagée, elle ne voyait plus le vide. Elle commença à se détendre.
Elle ne vit ni les châteaux ni les manoirs ni les abbayes émaillant les bords
de la Loire. Elle se contenta d’entendre les cris d’émerveillement de ses
compagnons.
Recroquevillée, elle attendit
patiemment qu’au bout d’une heure, la montgolfière débarqua ses passagers.
C’est, la tête vide, toute honteuse et en titubant qu’elle descendit à son tour
pour participer au toast des aérostiers. Chloé comprit, si toutefois elle en
avait douté, que ni les sports aériens
ni les excursions dans les airs n’étaient
pour elle et elle jura en son for intérieur : « Plus jamais
ça ! »
Marie-Thérèse
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De plus en plus j'aime voir de
la gaieté autour de moi, la clarté aussi, le soleil, le ciel bleu, tout ce qui
est positif. J'aime la chaleur que je supporte bien, et c'est bien l'été qui
m'apporte tout ça, du moins quand la saison est belle. Les jours s'allongent,
pour moi la journée est bien plus intéressante que la nuit qui est un temps
réservé au sommeil, et donc au néant. L'été j'ai envie de vivre plus
intensément, alors que l'hiver j'ai l'impression d'hiberner ; je suis moins
disposée à sortir, le soir je me presse pour rentrer chez moi car avec la nuit
qui tombe tôt, j'ai toujours l'impression d'être en retard. En un mot, j'ai
l’impression de vivre au ralenti pendant cette saison, dite mauvaise à juste
titre.
Cette année le beau temps a été
long à venir, le printemps n'a pas été fameux, on avait l'impression qu'on ne
sortirait jamais de la grisaille de l'hiver. Mais quand la chaleur est enfin
arrivée, c'était bien trop fort, c'était la canicule et à deux reprises. Au
lieu de profiter des extérieurs dans un cadre champêtre, il fallait alors
fermer fenêtres et volets, vivre dans le noir, tous les moyens étaient bons
pour conserver tant bien que mal un intérieur respirable.