«Tu seras punie ! » La sentence
tombe comme un couperet, inéluctable et
sans possibilités de digressions. Finis de rire, l’acte posé est répréhensible,
il sera sanctionné. Les enfants sages ne connaissent pas ce sentiment de colère
réprimée, de peur et souvent d’incompréhension devant la punition. Comme tout
espiègle, j’en ai collectionné un certain nombre.
C’est ma première année d’école. Ma main
malhabile trace sur le cahier, de grosses lettres qui débordent au grand dam de
ma maitresse qui n’apprécie guère mon œuvre. Elle semble ignorer tous les
efforts que je fais pour m’appliquer au point que mon petit bout de langue rose
perce à travers mes lèvres serrées. Je n’y arrive pas et malgré ma bonne
volonté, les coups de crayon débordent toujours ! Comment les cacher ?
Je tente en vain de les effacer et j’y mets toute ma force. Ma gomme laisse
alors des traces plus ou moins noirâtres. Il faut qu’elles disparaissent !
Je les frotte énergiquement avec mon index. Le résultat ne se fait pas
attendre. Apparait dans la feuille de papier, un trou que je ne sais comment combler !
Mon cahier devient un véritable torchon.
La maîtresse surgit brusquement. Elle est
furieuse ! « Petite sotte, » me dit-elle, « tu seras
punie ! » Elle me secoue énergiquement, me sort de mon banc,
m’approche de son bureau. Elle attrape alors des épingles doubles, accroche mon
cahier au dos et m’emmène ainsi faire le tour de deux ou trois classes de
primaire. Je ne me rappelle pas avoir entendu des rires ou des sarcasmes de la
part des autres écolières. Peut-être craignent-elles d’être punies à leur
tour ?
Mais comme si cette humiliation n’est pas
suffisante, j’écope, de surcroit, d’un retenue, un dimanche matin. Je
reviendrai trois heures durant, faire de longues lignes d’écriture !....
au grand dam de mes parents qui se voient à leur tour condamnés à m’emmener à
l’école et à revenir me chercher ! Un dimanche matin !....
Par la suite, il m’arriva bien d’autres
aventures !
Au collège en internat, par exemple.
Notre surveillante de dortoir, Mme Lêvetot, est très exigeante et ne tolère
aucune conversation après le couvre-feu. Deux soirs de suite, elle nous a
reprochées notre lenteur et notre manque d’ordre et même menacées de sanctions.
Nous avons décidé à plusieurs, de lui faire passer une très mauvaise nuit. Après
maints conciliabules, nous avons ourdi notre plan. Dans cette intention, juste
avant de monter nous coucher, nous nous munissons discrètement d’une certaine
quantité de pastilles « pulmoll », de ces petites pastilles bien
rondes et bien croquantes, à la couleur ambrée. Le couvre-feu sonne. Nous voilà
toutes allongées, sages comme des anges pendant que Mme Lêvetot fait lentement
un dernier tour entre nos lits. A peine, regagne-t-elle, son box fermé
seulement par quelques rideaux blancs, à l’autre bout du dortoir, que l’une d’entre nous, Claire se met à toussoter.


