samedi 22 octobre 2016

UN MERVEILLEUX CADEAU

Elle y pensait souvent dans le secret de son cœur mais elle n’en parlait jamais. Elle savait bien que l’on ne pouvait lui en donner. Même si, comme un vent léger passe sur la surface de la mer, la ridant, il arrivait qu’un membre de la famille l’évoquât rapidement, jamais personne ne s’y attardait. Elle apparaissait et disparaissait aussitôt tel un éclair fulgurant mais sans consistance. Lucie avait vite compris qu’il ne servait à rien de poser des questions, les réponses étaient brèves et vagues  lui laissant peu d’espoir. Elles étaient inutiles ! Depuis longtemps déjà, elle n’ignorait pas qu’on ne pourrait lui donner satisfaction. Peut-être un jour, pensait-elle, si je peux me déplacer, si je peux aller là-bas dans la montagne approcher ceux qui l’on connut, sans doute arriverai-je à en savoir  davantage et peut-être en obtenir ? Car ce qu’elle voulait savoir, c’était apprendre à la connaitre à travers des récits, lui redonner vie bien qu’elle ne l’eut jamais vue, retrouver le lien qui l’unissait à elle, en bref, remonter le temps.
Et ce beau jour arriva. Est-ce un jour de chance ou bien sa bonne étoile ? Une rencontre fortuite, une conversation sur la généalogie, elle fait allusion à cette aïeule méconnue dont elle voudrait tant découvrir l’existence ! Et elle est  bientôt emmenée chez  une personne  âgée,  lointaine cousine qui, enchantée de cette visite si inattendue, ne tarde pas à lui sortir les albums de famille lui montrant les quelques photos anciennes qu’elle possède.  Ses grand-tantes, ses grands oncles  lui permettent déjà de renouer un lien avec celle qu’elle recherche tant mais de sa grand’mère, rien, pas de photos. C’est à regret qu’elles se quittent, Lucie poursuivant sa quête auprès d’autres membres, glanant par ci par là de nombreux détails. Elle va même jusqu’à son village natal et y voit la maison ancestrale habitée par ses descendants.  Elle revient heureuse au bercail. Cependant, un regret persiste. Sans photo, elle ne peut réellement visualiser son aïeule, seulement l’imaginer ! 
Quelques semaines plus tard, après son retour,  son portable sonne. Que  voit-elle apparaître sur l’écran,
l’inimaginable ! : Un petit portrait  en noir et blanc!
«Ma grand’mère, s’exclame –t-elle en lisant la légende. Ma grand’mère répète-t-elle en dansant. »
Pour lui faire plaisir, la famille a continué les recherches. Elle lui envoie l’unique photo qu’elle a trouvée ! Une photo d’identité de 1928 ! Pour Lucie, c’est le plus merveilleux des cadeaux qu’elle vient de recevoir !

Marie-Thérèse
..........................................................
J’adore faire des cadeaux : des petits, des gros, des utiles et des inutiles, des fantaisistes comme des clins d’œil pour dire « je t’aime ! »… seulement quelques minutes de bonheur accordées, offertes à ceux qui nous sont proches. J’aime aussi en recevoir et laisser voir alors l’émotion qui me gagne, ce que je n’ai pas toujours su faire.
J’adore les voyages, surtout ceux que l’on rêve de faire sans jamais pouvoir les entreprendre.
Je venais juste de prendre ma retraite ; c’était un soir d’octobre, d’été finissant… Mon compagnon me dit soudainement : « J’ai réservé deux places pur une semaine à Rome ».
Surprise mais déjà consentante, j’acquiesçai vite : j’avais souvent rêvé d’aller à Rome mais cette fois nous nous attaquions à un sacré morceau d’art et d’histoire, ce qui m’impressionnait et se voit bien sur les premières photos prises sur les sites.
Ce fut une semaine d’enfer délicieux : encore aujourd’hui, en moi, pêle-mêle et en avalanche, les visages multiples de Rome et de sa campagne resurgissent : ses jardins, ses fontaines, ses champs de ruines antiques en pleine ville, ses églises et ses monuments de toutes époques, et ses musées regorgeant de peintures, de sculptures, etc. La ville est pétrie de vestiges de tous âges et je restai confondue par ce mariage intime entre passé et présent. Tout cela au milieu d’une agitation bruyante des automobilistes romains, des gelati variées et encore bienvenues, des attroupements de chats bigarrés attendant patiemment la fermeture des restaurants… Et, quand la fraicheur du soir, la lumière douce et dorée des lampadaires se glissent sous la coupole vert sombre des pins de Rome, si hauts, si bien taillés et si parfumés…
Huit jours trépidants mais bien trop courts devant cet amoncellement de beauté. Oui, c’était sûr, nous allions devoir revenir…
Pour la circonstance, mon compagnon s’était transformé en photographe et ainsi je pus me régaler à souhait du merveilleux cadeau qu’il m’avait offert.

Nous n’avons pu revoir la « ville éternelle » mais, aujourd’hui encore, c’est avec émotion et délice que je tourne les pages de notre album sur Rome… Un merveilleux cadeau, vraiment.

Françoise
.................................................................
J’étais alors adolescente et pour Noël nos parents nous avaient demandés ce que nous souhaitions, mon choix était déjà fait. J’avais repéré, dans une boutique d’une des avenues que j’empruntais pour aller au lycée, une lampe magnifique que je rêvais d’avoir pour ma chambre. Elle ressemblait à un grand bilboquet, le pied blanc façonné était surmonté d’une boule ciselée en verre blanc opaque. Seulement elle était onéreuse et j’en avais bien conscience ! J’en fis quand même la demande à mes parents qui m’expliquèrent que nous étions trois et que son prix dépassait leurs prévisions. Il fallait que je choisisse autre chose. Bien que je comprenne leur point de vue j’étais déçue. Je ne me rappelle pas ce que j’avais choisi en remplacement. Et chaque fois que je passais devant la boutique j’avais le même regard d’envie pour cette lampe.
Le soir de Noël après la messe nous rentrâmes à la maison, c’était alors le moment de déballer les cadeaux, mais je n’avais pas l’entrain de d’habitude. Je n’avais même pas remarqué que papa nous avait précédés. Lorsque nous pénétrâmes dans l’appartement une lumière particulière éclairait la salle à manger. Je m’avançais dans la pièce et là près du sapin, à côté des cadeaux emballés, se tenait ma lampe allumée. Elle était encore  plus belle que dans mon souvenir. Je sautais au cou de mes parents pour les remercier, visiblement ma sœur et mon frère étaient de mèche avec eux. J’étais tellement heureuse, qu’émotive comme je suis, j’ai bien du verser quelques larmes de joie. Cette lampe existe toujours, le globe cassé au cours d’une péripétie a été remplacé par un abat-jour mais elle est toujours aussi jolie.


Fabienne
...................................................
1 – Un cadeau reçu
Le meilleur cadeau que je puisse recevoir est d’être invitée chez ma fille, pour mon anniversaire.
Son compagnon et elle m’installent à table, juste en face d’eux, bien au milieu, exactement pour que leurs regard convergent vers moi, comme s’ils me couvaient des yeux.
C’est une soirée spéciale, hors du temps. Je suis propulsée dans une bulle de bonheur : rien ne peut m’arriver. Nous sommes tellement en harmonie que l’atmosphère se dilate dans la quiétude vespérale et que le bien-être nous gagne. Le quotidien est resté dehors, à des années lumière ou ténèbres, je reprends mes trois dimensions dans ce bain de félicité, je me laisse gagner par une bienfaisante plénitude : c’est là où je me dis que la vie vaut la peine d’être vécue.
2 – Un cadeau donné
J’avais treize ans et lui quarante-neuf. Suite à mon placement, je le voyais rarement. Ayant affronté des épreuves insurmontables, des drames familiaux, dans lesquels il s’engluait, il avait contracté la maladie de l’oubli, en buvant plus que de raison, prenant dans ce domaine des générations d’avance, si bien qu’il était arrivé aux portes de la fin programmée et de la déchéance, horriblement décharné et en proie à la torture d’hallucinations.
La vie, pour les siens, ou plutôt la survie ou vie à la sauvette, était devenue un enfer, éloignant les gens « bien intentionnés », comme dans la Chanson pour l’Auvergnat de Brassens.
Je suis allée trouver monsieur le maire qui a fait le nécessaire pour une hospitalisation qui a duré six mois, dans un centre spécialisé. Il s’ensuivit une parfaite abstinence, sans rechute, et une existence paisible jusqu’à l’âge de quatre-vingt-six ans.
L’entourage a commencé à respirer, à panser quelques plaies mais la réputation a la dent dure, on vous faire boire la honte jusqu’à la lie ; on porte en soi ces histoires de vie mais on s’autorise à poursuivre la route, malgré tout. 
3 – Un cadeau fait à soi-même
Peu choyée par une existence chaotique, n’étant pas née avec une cuillère en or ni même en argent dans la bouche, me dévalorisant à un tel point que je me demandais s’il était nécessaire de poursuivre mon chemin de vie suite à un certain nombre d’accidents émaillant mon parcours, engouffrée dans un tunnel illimité sans personne sur qui compter pour reprendre mon essor et envisager sereinement l’avenir, j’ai fait un travail sur moi-même avec l’aide d’un spécialiste patenté, dûment rétribué.
Les séances ont duré presque neuf ans, afin d’essayer d’émerger du cloaque existentiel, d’autant plus que la société de consommation vous juge sur votre emballage, de carton parfois et pas sur votre être, les apparences sont parfois trompeuses.
C’est ainsi qu’au fil du temps, j’ai fini par réaliser, le plus dur étant de l’admettre quand on devient le bourreau de soi-même, que les causes de mon état ne m’étaient pas imputables, surtout les blessures narcissiques de l’enfance, infligées          au vu et au su de tous, en toute impunité « par des personnes ayant autorité ».
Quand on devient le paillasson de pervers, que des adultes de surcroît, font des gorges chaudes, il est très douloureux de s’extirper du cercle vicieux ; le syndrome de Stockholm est un carcan absolu.
La reconstruction est une longue souffrance, une rééducation : on ne peut porter le monde sur ses épaules, comme le géant Atlas ou accomplir les douze travaux d’hercule. D’ailleurs ces héros sont souvent de grands criminels condamnés à de lourdes peines concrétisées la plupart du temps par des tâches ingrates, répétitives, absurdes.
Ainsi, le plus grand cadeau que je puisse me faire consiste à ne pas me repasser en boucle le disque dur des coups tordus, des éclaboussures et autres avanies, ni de les prendre à mon compte, comme si j’en étais responsable ou coupable.
Comme l’écrit Bob Dylan dans ses Chroniques : « Même si l’on se met en quatre, on ne rend pas les gens meilleurs ».
J’ajouterai qu’en s’engouffrant dans les sens uniques, on débouche dans des sens interdits en tous genres, que la visibilité est nulle, la réalité glauque, on se heurte au mur. Or, il faut donner un sens humain à sa vie : c’est le plus grand cadeau que l’on puisse se faire, la vie est précieuse et vaut la peine d’être vécue.

Marie-Christine
.........................................................
Quel merveilleux cadeau que mes parents m’ont fait en me donnant la vie ! J’ai fait le même à mes enfants en les laissant s’épanouir sous ma présence bienveillante à leur égard pour l’éternité.
Ce merveilleux cadeau que chantaient Edith Piaf : « C’est merveilleux l’Amour !», Luis Mariano : « La plus belle chose au monde, c’est l’Amour ».
C’est vrai un des plus beaux cadeaux que nous partageons : c’est l’Amour. L’Amour tout court, l’Amour toujours ! L’Amour pour sa famille, ses amis, les animaux et les belles choses de la vie.
Les cadeaux merveilleux des belles voix, les musiques que ces grands artistes partagent avec nous, pour notre plaisir.
La nature, ce merveilleux cadeau : l’eau, le feu, la mer, le ciel. En contemplant les beaux sites, éblouis par de telles splendeurs, on a envie de chanter du J. Ferrat : « La Montagne », par ex. Qui nous a donné toutes ces merveilles ? Une force divine ? Qui sommes-nous ? Où allons-nous ? Qu’importe ces questions sans réponse !
Savourons nos fabuleux cadeaux que la vie nous offre. Regardons « La vie des  animaux » dans leur milieu naturel. Ils sont attendrissants avec leurs petits ; les insectes, les poissons, les oiseaux multicolores qui nous étonnent et nous ravissent.
Les plantes variées aux différentes couleurs, les arbres majestueux qui tendent leurs bras vers la voûte céleste. On a envie de s’asseoir dans l’herbe contre le grand chêne, de frotter son dos à son écorce pour se redonner des forces tout en lisant du « Verlaine» à voix haute.
Les fleurs que nous recevons et offrons à notre tour, leur parfum nous enivre, leurs couleurs nous ravissent, comme toutes les pelouses, les parterres fleuris, les corsos décorés ainsi que les chars de Carnaval de Nice ou de Rio.
Les fruits  sur  les arbres gorgés de jus, de couleurs d’été ou d’automne que l’on cueille et croquons en savourant leur goût délicieux.
Voici une partie de la liste des beaux cadeaux que nous avons reçus  à  la naissance. Sachons les apprécier, les savourer, sans modération jusqu’à notre dernier souffle.

Mireille
..........................................................
Noël approche, les rues sont illuminées, les vitrines décorées. Cette année je n'ai pas le cœur à la fête et voir ce spectacle me rend encore plus triste.
Heureusement ma fille m'a informée que nous partions trois jours et que nous allons passer Noël en Charente, dans un grand gîte loué pour l'occasion. Sa belle-mère sera là aussi, ainsi que sa belle-sœur, son beau-frère et leurs deux fils de 15 et 20 ans. Tant mieux, je ne serai pas seule pour ce premier Noël sans mon mari. On m'a demandé de faire mon gâteau aux noix, chacun doit faire un dessert, le ravitaillement est organisé et réparti entre tous pour ce petit séjour.
Nous arrivons les premiers au gîte qu'on nous ouvre en nous accueillant. Nous visitons ensuite cette grande maison où chacun aura ses aises. Le gîte dispose de cinq chambres, de deux salles de bain, d'un grand coin cuisine et d'un immense séjour où trône une grosse table de bois massif, entre ses deux bancs. Deux salons se font face dans un style différent, des poutres soutiennent l'édifice, des objets venus de tous les coins du monde ornent les étagères ça et là, l'endroit est chaud, douillet.

Le soir la famille est au complet et les préparatifs commencent pour notre premier repas, chacun se met à l'ouvrage et participe, la table est dressée. Nous disposons tous nos cadeaux dans un coin, ils couvrent vite une bonne surface et attendront minuit. Puis vient l'heure du traditionnel apéritif, pour l'occasion il s'agira de champagne. On s'installe dans un des salons, on échange et, malgré leur grand âge, les garçons rappellent en riant à intervalle régulier le cadeau qu'ils attendent et qu'ils ont commandé au père Noël, un avertissement pour les parents qui nous fait tous sourire.
Le temps passe doucement à picorer les bonnes choses disposées sur la table basse, la coupe de champagne se vide, il faudra bientôt passer à table. C'est à c e moment que ma fille se lève et va chercher deux petits paquets, elle m'en tend un et offre le second à sa belle-mère. Nous sommes surprises de bénéficier d'une distribution spéciale avant l'heure. Chacune ouvre donc son cadeau et pour ma part, je découvre une photo sous verre. Elle représente le chat de mes enfants mais en regardant bien, il s'agit d'un montage.  Leur chat est installé en position assise sur le canapé, il est en train de lire un livre intitulé « cohabiter avec un bébé ». Je comprends le message mais une partie de moi-même reste incrédule, nous avions tellement pensé que depuis tout ce temps passé, ils ne voulaient plus d'enfant. Ma fille s'aperçoit de mon hébètement et elle me dit « alors ? Tu ne comprends pas ? ». Mais si j'ai compris, j'ai juste du mal à réaliser.
Quant à la belle-mère de ma fille, elle reçoit aussi une photo mais d'un genre tout différent. On y voit en noir et blanc de jeunes enfants, tous des garçons, ses trois petits-fils. Je n'ai pas bien vu comment était présentée la future naissance sur cette photo, je sais juste qu'il est marqué « en construction ».

Voilà comment en ce soir de Noël j'ai reçu un merveilleux cadeau que je n'attendais plus. Quoi de plus beau qu'une nouvelle vie qui arrive pour grandir la famille, mon seul regret étant de penser à mon mari, parti sans savoir qu'il allait être grand-père.

Paulette

Aucun commentaire: