samedi 8 octobre 2016

UN PARFUM

Un parfum est une "madeleine de Proust"... Choisissez un parfum, chargé de positif ou de négatif ; écrivez sur ce qu'il vous inspire, émotions, souvenirs, réflexions...
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Écrire sur un parfum qui nous rappelle des souvenirs ou une odeur spéciale qui aurait marqué notre existence, cela tiendrait en deux ou trois lignes. C’est pourquoi, je vais en citer plusieurs qui sont restés dans ma mémoire :
Les fleurs de troène qui entouraient les marches qui menaient à la porte de mon escalier. J’en cueillais pour les déposer dans un petit verre à liqueur pour les humer encore, une fois rentrée chez moi.
Les lys majestueux dans leurs pures robes blanches au parfum enivrant, au bout de leurs longues tiges. Une année, au 15 août, le jour de ma fête, ils en avaient été déposés au pied de la vierge Marie, une grande quantité. J’avais aidé à remplir les vases, aussi on m’offrit un bouquet. J’étais joyeuse et fière.
La vaseline à la violette pour le soin des cheveux mélangée au parfum et de la savonnette Palmolive, et de crème : « Malaceine »  pour visage sont les odeurs qui me rappellent ma maman.
Les jardins fleuris des amies, parfumés de roses, d’iris, d’églantiers, de tulipes, de glycines et de seringat. Les amis sont partis loin de ce monde mais souvent les parfums me rappellent à leurs souvenirs : j’en suis attristée.
Les tabacs froids, les tabacs chauds, faut-il les supporter par amitié ? Puis moins désagréable, le tabac pour les pipes à l’odeur de pain d’épice dont le parfum parfois revient, déclenchant un sourire en pensant à l’absent dont le fantôme vient vous dire bonjour. On hume cette odeur de souvenirs lointains qu’on voulait oublier mais qui parfois revient.
Lorsque fatiguée, seule, nous rentrons dans notre maison vide, au 4ème étage, au deuxième, on s’arrête en sentant une bonne odeur de linge fraichement lavé où le « minidoux » est passé. Un étage au-dessus, c’est les bonnes odeurs du pot-au-feu et de gâteaux mélangées. On a envie d’ouvrier la porte, de revoir sa maman qui a tout préparé. On retrouve, par ces odeurs, un peu de notre enfance disparue.
Mais en ouvrant notre porte, c’est la solitude, noire et froide, qui nous attend. C’est à vous de préparer le repas en se disant que les voisins vont dire : «  Ça sent bon chez la voisine
, on en mangerait bien ! »
Je pourrai en écrire des pages et des pages mais gardons-en pour une autre fois…
Mon parfum préféré qui me ravit,  est « Poison » de chez Christian Dior et « Opium » mais je me contente de « Comme une évidence » qui n’est pas mal non plus. Ils me rappellent des amies, des membres de ma famille qui me les ont fait connaître et qui ont une place dans mon cœur.

Mireille
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« - Mais quelle douce odeur ! », s’exclame Anita, en prenant le trottoir, face à une échoppe d’où s’échappe une délicieuse senteur de ragoût de pommes de terre. Ce fumet attirant flotte agréablement sous mes narines et doit certainement lui rappeler de jolis souvenirs goûteux et gustatifs de son pays : une bonne chorba orientale et odorante ou encore un tajine marocain aux effluves délicats de cumin et de coriandre. Et c’est en me laissant charmer par le sourire franc et éclatant de cette Libanaise aux cheveux épais et bruns, sortant de ses fourneaux une portion dégageant un parfum précieux, que je me délecte les pupilles et bientôt les papilles.
Un plat ô combien cher à mon cœur et à mes racines, oui à mes narines d’Europe centrale où le goulasch trône en maître en Hongrie et en Russie, mets parfumé réalisé avec du paprika et pouvant se présenter en boulettes comme mon père, éternel insatisfait, pouvait les réaliser. Un goût inimitable en bouche qui m’a enthousiasmée. Et d’en déguster une en pays catalan, en Espagne, à Barcelone sur le marché m’a totalement surprise et stupéfaite par sa senteur et son bel aspect safrané

Claudine 
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Quand mes enfants n’étaient encore que des bébés j’adorais à leur réveil les prendre dans mes bras, les câliner, les embrasser. J’avais trouvé un endroit  particulièrement agréable et d’une odeur succulente. Cet endroit se situe juste en dessous de l’oreille à la base du cou, là ou la peau est douce comme de la soie et d’où émanait un parfum incomparable de sable tiède et de pain chaud. L’odeur aussi du sommeil dont ils venaient d’émerger. Ils fermaient alors les yeux, rentraient la tête dans les épaules et poussaient de petits cris. Je me régalais de ces moments-là.
 Bien qu’ayant 5 ans de différence entre mon fils et ma fille le rituel était le même. Les enfants ayant grandi, une fois réveillée j’attendais dans mon lit. Le bruit des petits pas sur le parquet m’annonçaient le début des réjouissances. Mon enfant venait se pelotonner contre moi, et moi comme une mère chatte, les yeux fermés j’enfouissais mon nez dans les boucles blondes à la recherche de cet espace odorant. Qu’il était agréable ce parfum ! Je l’humais  toutes narines ouvertes et pour moi c’était le bonheur, un sentiment de plénitude, de bien-être total. Cela provoquait le même geste de rentrer la tête dans les épaules dans un rire cristallin et de me dire « maman tu chatouilles ». J’aurais voulu suspendre le temps pour que cela dure. Mes enfants sont des adultes maintenant mais quand je suis allongée à la plage ou que le boulanger me sert une baguette encore chaude  me reviennent en mémoire ces instants bénis. Suivant mon état d’esprit cela provoque juste une pointe de nostalgie mais si je ne vais pas très bien cela accroît ma mélancolie. Je ne me prive pas pour autant ni de la plage ni de baguette chaude !

Fabienne
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« Parfum », je ne sais pourquoi ce mot m’évoque immédiatement l’Orient et les fastes de l’empire ottoman, associé à Shéhérazade et aux contes des Mille et une nuits. Telles des volutes de fumée dont le nom est issu, cette reine de la nuit se parfume et je hume dans mon imaginaire, la fragrance envoûtante, entêtante même, mais subtile qi monte et se diffuse dans l’immense salle du palais. Assis sur les coussins à même le sol, le sultan et les princes, fumant la pipe d’opium, regardent avec volupté évoluer dans un ballet magnifique et sensuel, de merveilleuses danseuses. Elles incarnent la beauté parfaite et le charme de la jeunesse. Le court bustier moulant et la large ceinture de leur pantalon bouffant à taille basse, s’ornent de paillettes et de strass qui, telles des étoiles piquées sur un ciel brumeux, brillent dans la lumière tamisée où flottent des arômes étonnants presque savoureux. De leurs doigts agiles, elles couvrent et découvrent tour-à-tour leur corps à demi-dénudé sous les longs voiles transparents répandant dans l’atmosphère, les effluves d’onguents dont elles l’ont imprégné.  Leurs bras, avec des gestes amples, parfois langoureux et souvent vifs, décrivent d’harmonieuses arabesques. Leurs hanches se meuvent en de nombreuses ondulations et
leur ventre frémit en tremblements impressionnants. Au son d’une musique ensorcelante, elles se balancent et se trémoussent, sautent et se déplacent, communiquant alors leurs vibrations à l’air ambiant comme pour mieux exhaler les senteurs des résines qui brûlent dans des grandes vasques d’argent. L’ambre se marie à l’encens et à de plus délicates essences : rose de Damas ou fleur d’oranger et, par moments, à celles plus fortes du benjoin ou du musc.  
Toutes ces odeurs me chatouillent les narines et je me crois soudain revenue dans une parfumerie de haut luxe. Je pense à tous ces grands noms qui font la gloire de la France : Guerlain, Dior, Saint-Laurent et tant d’autres… Mais non, je rêve, je n’y suis point ! Je suis seulement en train de défaire un paquet cadeau, un soir de Noël. J’y découvre, oh surprise ! un petit flacon en verre, teinté bleu outremer, à la forme étrange, tel un bouchon à la tête renflée. Je m’empresse de l’ouvrir et je reçois comme une bouffée chaude, épicée. Curieuse, je lis la notice : bergamote et mandarine s’allient au jasmin, au mimosa et se fondent en un bouquet odoriférant avec le benjoin, la rose et le muguet. Ils composent ainsi ce parfum au nom évocateur ! « Ispahan ».
D’un seul coup, il me ramène en Orient !

Marie-Thérèse
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Quoi de plus agréable que des sentir les bonnes odeurs de cuisine. Je me souviens de tous les bons plats que ma mère nous cuisinait, du pâté en croûte en passant par la viande nappée d'une sauce onctueuse,  pour finir avec un grand plat de crème en guise de dessert.
Il est une odeur simple que j'aime tout particulièrement, c'est celle des petits oignons qui rissolent. C'est pour moi l'annonce d'un petit plat bien mijoté, une odeur qui nous déchire l'estomac, qui va enchanter nos papilles et c'est avec un réel plaisir doublé d'impatience qu'on passera à table à l'heure du repas.
Cette odeur me ramène longtemps en arrière, dans ma toute petite enfance. En effet, pas plus haute que trois pommes, j'aimais déjà cette odeur. Quand ma mère cuisinait ainsi, j'attendais qu'elle s'éloigne quelques instants, pour moi il était alors temps d'agir. Bien vite je tirais une chaise jusque sur le devant la cuisinière, je montais dessus pour être à la bonne hauteur et, telle une voleuse, très vite je prenais dans la marmite ces petites oignons que je mangeais avec gourmandise. Je ne m'en souviens pas bien sûr mais ma mère me l'a souvent raconté.
Je revois aussi ma mère qui en souriant de mon audace, se plaisait à me rappeler cette anecdote. C'est ainsi que j'ai su combien toute jeune, j'aimais déjà cette odeur et ces petits oignons tout juste dorés. Je n'ai pas changé, je les aime toujours, mais à présent il ne m'est plus nécessaire de les manger avant la fin de la cuisson, puisque je cuisine moi-même. Et depuis j'ai également appris la patience, j'attends donc sagement l'heure du service.

Paulette
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Un sentier de terre battue conduisait au hameau montagnard, lieu de ma naissance. Nous n’avions ni eau courante ni électricité. Le foyer, âtre fuligineux, était le lieu privilégié de l’humble maisonnée, témoin des événements jalonnant notre survie. C’est là que nous chauffions, cuisinions, faisions chauffer des chaudrons d’eau pour la lessive, les naissances, les décès.
Du conduit de la cheminée, au fil des saisons, de façon aléatoire, s’échappaient des filets, volutes ou tourbillons de fumée : ce sont les odeurs de fumée qui sont inscrites en moi, ancrées dans mon parcours de vie.
Je ne connaissais pas encore les histoires et rituels des Indiens mais, de l’extérieur, je savais si la maison était occupée ou non. L’odeur de la fumée m’indiquait si l’on brûlait des genêts entêtants, du hêtre, du chêne ou du châtaignier crépitant, surtout s’il était humide, dégageant une odeur de moisi.
Nous récoltions du blé noir, milliards d’épis blancs mellifluents, envahis par les abeilles, nous le dépiquions sur l’aire et les ventilions à l’aide du tarare.
Quand ma grand-mère faisait sauter les crêpes de blé noir, un parfum exquis s’échappait de la cheminée, promesse de repas festif. C’est alors que je guettais le passage de jean, un voisin malchanceux, isolé, qui revenait de sa grange où il trayait ses deux vaches. Il sentait lui aussi les crêpes : ma grand-mère ne manquait jamais de lui en envoyer quelques-unes par mes soins : il en faisait son régal, lui qui ne cuisinait jamais. Quelle délicatesse de la part de mon aïeule : joie de partager beaucoup lorsqu’on a peu.
Cette fumée odorante, conviviale, reste un indice de lieu de vie, nourricier.
Parfois s’élevait le fumet d’un civet de lapin mais rarement ! On ne l’appréciait que davantage !
Au changement de saison, en période automnale, si le conduit n’avait pas été encore ramoné pour affronter les longues veillées hivernales, suite à l’encrassement, aux dépôts intempestifs de suie, la fumée s’élevait dans l’air frais, âcre et piquant les yeux, irritant la gorge.
Une maison sans fumée, dans le hameau, dénonçait un foyer abandonné, déserté par ses propriétaires tenaillés par la misère, partis vers des cieux plus cléments ou rentrés dans leur éternité.
Plus tard, suite aux aléas de mon existence, les odeurs de fumée du foyer natal furent remplacées par l’impersonnel et inodore chauffage central. C’était l’invisibilité, absence de visibilité du processus d’élaboration du chauffage : je préférais voir le feu et sentir la fumée, mes repères en quelque sorte.
Plus tard en traversant régulièrement la Haute Garonne, je respirais la fumée des cheminées d’usines chimiques : odeur de chou pourri de l’hydroxyde sulfuré ; les volutes gigantesques et tourmentées, au gré du vent se dispersaient dans la nature : on ne parlait pas encore de pollution industrielle, encore moins de séquelles pour la santé des riverains qui gagnaient leur vie dans ces instruments de mort.
Puis, les circonstances de la vie m’éclairant sur les périodes les plus sombres de notre Histoire, j’au eu vent des crématoriums des camps de la mort, de l’odeur inhumaine et insoutenable des fumées, selon les dires de rescapés de l’Holocauste.
Actuellement, on pratique de plus en plus la crémation, certains jours, la fumée s’élève, filtrée, inodore, en Ile de France.
Enfin, je vois les deux colossales cheminées de l’incinérateur des ordures ménagères, sis à Ivry : la vapeur d’eau s’en échappe obstinément, inodore, comme si de rien n’était. Plus rien n’a de visage humain ou inhumain, c’est la démesure anonyme, à la mesure de la société de consommation.
Toutes ces odeurs de fumée jalonnent ma vie, avec ses joies et ses peines, dans un environnement plus ou moins hospitalier, vie et mort liées.
Derrière l’écran de ces fumées odorantes, nauséabondes à plus d’un titre ou inodores, s’inscrivent des histoires de vie, d’oubli, de misère, d’humilité ou de détresse.
Je ne suis pas dupe du sfumato et autres enfumages, odorants ou non !

Marie-Christine

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